« La chanson dit le monde »
1. Avant la lecture
- Quand on manifeste, que fait-on ? Quels objets, slogans, chants utilise-t-on dans votre pays ?
- Connaissez-vous une chanson qui parle d’une révolte, d’une injustice ou d’un groupe de personnes ? Que dit-elle ?
- « La chanson est un art mineur. » Êtes-vous d’accord ? Qu’est-ce qu’un art « majeur » ?
2. Le texte
Entretien avec Didier Varrod, journaliste et producteur radio, auteur de documentaires. Propos recueillis par Éric Fottorino et Gabrielle Tuloup, Le 1, n° 163, juillet 2017.
« Nous avons été élevés au grain de Souchon et de Renaud »
1Je fais partie de ceux qui considèrent que la chanson a toujours dit la société. On y livre son intimité, ses fractures personnelles, sa relation à l’autre, son envie ou son bonheur d’être amoureux, son désespoir d’être quitté. Cette implication de l’intime dit forcément beaucoup sur les autres.
2Depuis que la chanson moderne existe, elle a toujours dit le monde, elle l’a parfois questionné, bousculé, […] c’est le lien de reconnaissance sociale, le socle d’une caste sociale, c’est le collectif, encore plus à une période où la télévision ou la radio n’existent pas.
3Les chansons révolutionnaires ont joué ce rôle en 1789, en 1848 ou lors de la Commune de Paris. Les poilus, dans les tranchées, chantaient eux aussi pour se donner du courage.
4Plus tard, l’une des premières chansons de Charles Trenet est Boum !, en 1938. L’année suivante, le monde explose… Mais, à partir de l’après-guerre, c’est l’inverse : on sent la volonté d’oublier la guerre. On veut inventer une nouvelle philosophie faite de plaisirs. L’arrivée du jazz et du swing dans la chanson française en change la facture : on se met à écrire dans la rythmique. […]
5La période qui va de la fin des années 1950 à l’après-68 constitue un moment clé. Toute une génération d’artistes s’engage à dire le monde.
6Mais il faut aussi sortir de ce cliché qui consisterait à dire qu’il y a eu un âge d’or de la chanson française engagée. Ce serait injuste d’oublier que, de la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, on a des auteurs comme Maxime Le Forestier, Jacques Higelin, Alain Souchon, Francis Cabrel ou Renaud.
7Mes parents ont eu comme chanteur Brassens, moi j’ai eu Renaud. Ce dernier considère que le plus grand bonheur de sa vie, c’est quand Georges Brassens lui a dit que ses chansons étaient bien construites. Voilà l’importance des filiations !
8Cet engagement continue aujourd’hui. Je pense bien sûr au hip-hop. On cherchera à comprendre le monde de la fin des années 1980 jusqu’aux années 2000 en lisant les textes d’IAM, de MC Solaar, comme on le fait avec ceux de Brassens pour les années 1950.
9Les rappeurs ont accompli un travail de mémoire extraordinaire à travers leur façon de sampler [ou d’échantillonner, c’est-à-dire d’extraire quelques notes d’une composition pour s’en servir dans une autre].
10Eux-mêmes ont été des explorateurs, car ils sont allés à la découverte du patrimoine de la chanson française en écrivant. Ils nous ont appris qu’ils s’éduquaient en même temps qu’ils nous proposaient leur vision du monde. […]
11Parler de l’intime, c’est parler du monde, et inversement. Ces deux types de chansons ont la même importance.
12Quand on voit l’obscurantisme et les extrémismes prendre une part aussi importante dans la société française chez des catégories parmi les plus inattendues, on ne peut s’empêcher de se dire que, nous, nous avons eu la chance d’être élevés au grain des chansons de Souchon et de Renaud.
13Quand vous avez écouté ceux-là, vous avez normalement une chance d’être ouvert au monde, d’être curieux. Vous êtes susceptibles de vous intéresser à ce qu’était la guerre d’Algérie, la Commune, à la problématique du régionalisme, de la corruption, des flux migratoires… […]
14Beaucoup de gens disent que la peinture, la littérature ou le cinéma sont des arts plus estimables à cause de Gainsbourg, qui a déclaré que « la chanson est un art mineur pour les mineurs ».
15Elle reste pourtant le vecteur le plus immédiat pour s’ouvrir au monde. En plus du contenu, elle affine une sensibilité. C’est le territoire de la liberté absolue, mais aussi de la concision. La chanson, c’est l’art de dire des choses puissantes en peu de mots. […]
Compréhension globale
- Quel type de texte est-ce ? Qui parle, à qui, dans quel but ?
Un entretien (interview) publié dans un magazine : un journaliste spécialiste de la chanson répond à deux intervieweurs pour défendre l’idée que la chanson est un art qui dit la société. - Quelle est l’idée principale de Didier Varrod en une phrase ?
La chanson, qu’elle parle d’intime ou d’engagement, a toujours dit le monde et ouvre l’esprit : c’est un art à part entière, pas un art « mineur ». - Quelle est la mission de la chanson sur le plan individuel ? Et sur le plan collectif ?
Individuel : exprimer l’intime (les fractures, l’amour, le désespoir), affiner la sensibilité, rendre curieux et ouvert au monde (§1, 13, 15).
Collectif : créer un lien de reconnaissance sociale, rassembler (§2), donner du courage dans les luttes et les guerres (§3), garder la mémoire d’une époque (§8-10). - À quelle citation l’auteur s’oppose-t-il ? Reformulez sa propre définition de la chanson.
À la phrase de Gainsbourg : « la chanson est un art mineur pour les mineurs » (§14).
Sa définition (§15) : la chanson est l’art de dire des choses fortes avec très peu de mots ; c’est l’art le plus libre et le moyen le plus direct de s’ouvrir au monde. - Repérez les périodes citées. Sont-elles dans l’ordre chronologique ?
1789, 1848, la Commune (1871), la guerre de 14-18, 1938-39, l’après-guerre, 1950-68, années 1960 à aujourd’hui, hip-hop 1980-2000 : oui, globalement, avec des retours (§8 : années 1950 ; §13 : guerre d’Algérie, Commune).
3. Vocabulaire
A. Les mots surlignés : devinez, puis vérifiez
Par deux : proposez une définition ou un synonyme, puis cliquez sur la case pour vérifier.
| Mot (§) | Votre hypothèse | Définition |
|---|---|---|
| une fracture (1) | cassure, rupture ; au sens figuré : épreuve qui laisse une marque | |
| un socle (2) | base solide sur laquelle repose quelque chose | |
| une caste (2) | groupe social fermé, qui se distingue des autres (mot fort, associé à l’Inde) | |
| un poilu (3) | soldat français de la guerre de 1914-1918 | |
| une tranchée (3) | fossé creusé dans le sol où les soldats se protègent | |
| la facture (4) | ici : la manière dont une œuvre est construite, son style | |
| s’engager / engagé (5, 6) | prendre publiquement position pour une cause ; une chanson engagée défend des idées | |
| une filiation (7) | lien de descendance ; ici : héritage artistique entre générations | |
| sampler (9) | réutiliser un extrait d’un morceau existant dans une création nouvelle | |
| le patrimoine (10) | héritage culturel transmis par les générations précédentes | |
| l’obscurantisme (12) | attitude qui refuse le savoir, l’instruction, l’esprit critique | |
| un extrémisme (12) | position politique ou religieuse radicale et intolérante | |
| le régionalisme (13) | défense de l’identité, de la langue et des droits d’une région | |
| les flux migratoires (13) | mouvements de population qui arrivent dans un pays ou le quittent | |
| estimable (14) | qui mérite l’estime, le respect ; ici : plus prestigieux | |
| un vecteur (15) | moyen par lequel quelque chose se transmet | |
| la concision (15) | qualité de ce qui est dit en peu de mots |
B. Complétez avec le bon mot
patrimoine · vecteur · socle · s’engager · obscurantisme · concision · flux migratoires · poilus
- Les ___ ont vécu pendant quatre ans dans la boue. poilus
- Beaucoup d’artistes décident de ___ pour défendre les droits des femmes. s’engager
- L’éducation est le meilleur remède contre l’___. obscurantisme
- Ce château fait partie du ___ culturel de la région. patrimoine
- Les ___ ont augmenté après la crise économique. flux migratoires
- La ___ est la qualité d’un texte court et efficace. concision
- Internet est un puissant ___ d’information. vecteur
- La liberté d’expression est le ___ de la démocratie. socle
C. Le vocabulaire de la protestation : classez
manifester · un défilé · un slogan · une revendication · un syndicat · une grève · réclamer · un cortège · se mobiliser · une pétition · la répression · un mouvement · un hymne · dénoncer · une émeute · une insurrection
| Acteurs et actions pacifiques | Revendications et symboles | Violence et répression |
|---|---|---|
| manifester, un défilé, un cortège, se mobiliser, une grève, une pétition, un syndicat, un mouvement | un slogan, une revendication, réclamer, dénoncer, un hymne | la répression, une émeute, une insurrection |
D. Pour réfléchir sur les mots
- « Caste sociale » (§2) : pourquoi l’auteur choisit-il ce mot ? Quelle nuance apporterait « communauté » ?
« Caste » suggère un groupe fermé, soudé, qui se reconnaît dans ses chansons ; mot fort, un peu provocateur. « Communauté » serait plus neutre et plus chaleureux. - « Élevés au grain » : que signifie élever des animaux « au grain » ? Quelle image l’auteur crée-t-il ?
On nourrit les animaux au grain : ici, les chansons sont la nourriture qui forme les personnes. Image : on grandit avec elles, elles construisent l’esprit. - « Un art mineur pour les mineurs » : quel jeu de mots fait Gainsbourg ?
« Mineur » = secondaire, de moindre importance (art) ET personne de moins de 18 ans (public jeune). Il provoque en disant que la chanson est un art secondaire pour les jeunes.
4. Grammaire : observer pour comprendre
A. Les repères temporels
- Relevez dans le texte les expressions qui situent dans le temps (§3 à §10). Classez-les : date précise, durée (début et fin), succession.
Date précise : en 1789, en 1848, lors de la Commune, en 1938.
Durée : de la fin des années 1950 à l’après-68 ; de la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui ; de la fin des années 1980 jusqu’aux années 2000.
Succession : plus tard, l’année suivante, à partir de l’après-guerre, aujourd’hui, en même temps que (simultanéité). - Complétez : « ___ 1968, les étudiants sont descendus dans la rue. » / « ___ la fin des années 1950 ___ 1968, beaucoup d’artistes se sont engagés. » / « Boum ! sort en 1938 ; ___, la guerre éclate. »
En 1968 · De la fin des années 1950 à (ou jusqu’en) 1968 · l’année suivante - Connaissez-vous d’autres connecteurs temporels ? Proposez-en trois.
Exemples : à cette époque, dès, depuis, pendant, au cours de, au moment où, désormais, auparavant, par la suite, de nos jours.
B. Les temps
- « la chanson a toujours dit la société » : quel temps ? Pourquoi « toujours » avec ce temps ?
Passé composé. Il exprime une action commencée dans le passé qui reste vraie aujourd’hui (bilan jusqu’au présent). - « Nous avons été élevés » : quelle forme ? L’agent (qui élève) est absent : pourquoi ?
Passé composé du passif (avoir été + participe passé). L’agent n’est pas nommé car il est général : les chansons, les parents, le contexte. - « elle l’a parfois questionné » : que remplace « l’ » ? Pourquoi le participe est-il invariable ?
« l’ » = le monde (masculin singulier), COD placé avant le verbe avec avoir : l’accord ne se voit pas. Avec « la société » : « elle l’a questionnée ». - « On cherchera à comprendre » : valeur du futur ?
Futur de généralité : « on » désigne les gens, dans l’avenir comme aujourd’hui.
C. Le conditionnel
« ce cliché qui consisterait à dire… » ; « Ce serait injuste d’oublier… »
- Quelle valeur a le conditionnel dans chaque phrase ?
« consisterait » : prise de distance (l’auteur ne partage pas ce cliché, il le présente comme une idée reçue). « serait » : atténuation, jugement nuancé, politesse. - Remplacez par l’indicatif : que change-t-on ?
« ce cliché qui consiste… », « c’est injuste » : le ton devient catégorique, moins nuancé.
D. Le gérondif
« en écrivant » ; « en lisant les textes » ; « en même temps qu’ils nous proposaient »
- Quelle valeur : manière, moyen, simultanéité ?
« en écrivant », « en lisant » : le moyen. « en même temps que » n’est pas un gérondif : conjonction de simultanéité. - Transformez avec un gérondif : « Les manifestants ont avancé et ils chantaient. » / « On comprend l’histoire si on écoute des chansons. »
Les manifestants ont avancé en chantant. / On comprend l’histoire en écoutant des chansons.
E. Les reprises
« On y livre son intimité » ; « Ce dernier » ; « ceux-là » ; « Eux-mêmes »
- Que reprend chaque mot ?
y = dans la chanson · ce dernier = Renaud (le dernier cité) · ceux-là = les chansons/auteurs Souchon et Renaud · eux-mêmes = les rappeurs. - Pourquoi « nous, nous avons eu la chance » (§12) ?
Répétition pour insister et opposer « nous » (ceux qui ont eu cette éducation) à ceux qui basculent dans l’extrémisme.
F. Les connecteurs logiques
Classez : mais, aussi, pourtant, à cause de, en plus de, car, inversement. Puis écrivez deux phrases sur les manifestations.
Opposition : mais, pourtant · Cause : à cause de (cause plutôt négative), car · Addition : aussi, en plus de · Renversement : inversement5. Les arguments
Reconstituez la démonstration
| Élément | Réponse |
|---|---|
| Thèse | La chanson dit le monde, que ce soit par l’intime ou par l’engagement ; c’est un art à part entière. |
| Arg. 1 : elle reflète la société | §1, §11 : parler de soi, c’est parler des autres et du monde. |
| Arg. 2 : fonction collective et historique | §2-3 : lien social ; chants de 1789, 1848, de la Commune, des poilus. |
| Arg. 3 : l’engagement continue | §5, 6, 8-10 : de 1950-68 à aujourd’hui ; le hip-hop, travail de mémoire et sampling. |
| Arg. 4 : elle ouvre l’esprit | §12-13 : protège de l’obscurantisme et pousse à s’intéresser à l’Algérie, la Commune, les migrations. |
| Contre-arguments réfutés | §6 : le cliché de l’« âge d’or » ; §14-15 : « art mineur » de Gainsbourg, réfuté par « vecteur le plus immédiat ». |
| Procédés | Exemples historiques, noms d’artistes, anecdote personnelle (Brassens/Renaud), citation de Gainsbourg, formules (« la chanson, c’est l’art de… »). Pas de chiffres. |
Esprit critique : discutez en petits groupes
- L’auteur dit que ceux qui écoutent Souchon et Renaud sont « ouverts au monde ». Preuve ou opinion ?
Une opinion, nuancée par « normalement » et « susceptibles de ». Il manque des études ou des exemples pour la vérifier ; c’est une généralisation. - Peut-on vraiment comprendre l’histoire par la chanson ?
Elle donne l’émotion et le point de vue d’une époque, mais elle est subjective, partielle et simplifie : il faut la croiser avec d’autres sources. - Qui l’auteur semble-t-il oublier (§6) ? La liste est-elle diverse ?
La liste ne cite que des hommes, tous francophones et issus de la chanson française : pas de femmes, peu d’artistes issus de l’immigration (hormis le rap, §8). - Intime et monde (§11) : contradiction ?
Non : ce sont deux faces d’une même idée. L’intime exprime des expériences que d’autres partagent. - Dans votre pays, quelle chanson a accompagné une manifestation ? (réponse libre)
- Les réseaux sociaux ont-ils remplacé la chanson pour « dire le monde » ? (réponse libre)
6. L’histoire : travail en petits groupes
A · 1789, 1848, 1871
QUESTIONS
- Que revendique le peuple en 1789, en 1848, avec la Commune ?
- Qui est exclu ?
- Quels chants naissent ?
CORRIGÉ
- 1789 : fin de l’Ancien Régime ; prise de la Bastille (14 juillet) ; Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (août).
- 1848 : chute du roi Louis-Philippe, IIe République, suffrage universel masculin, abolition de l’esclavage dans les colonies ; les ouvriers sont réprimés en juin.
- 1871 : après la défaite contre la Prusse, les Parisiens créent la Commune (mars-mai) : démocratie directe et droits sociaux ; écrasée pendant la « Semaine sanglante ».
- Exclus : les femmes (vote en 1944-45), les esclaves jusqu’en 1848.
B · Les poilus (1914-1918)
QUESTIONS
- Pourquoi les soldats chantaient-ils ?
- Que sont les mutineries de 1917 ?
- Qui sont les soldats des colonies ?
CORRIGÉ
- Chanter aide à tenir, à rire de la peur et à créer un lien entre les hommes.
- 1917 : après l’offensive très meurtrière du Chemin des Dames, des soldats refusent de monter à l’assaut ; l’armée réprime.
- La Chanson de Craonne (anonyme) : dénonce le sacrifice des pauvres ; interdite par l’armée.
- Des centaines de milliers de soldats venus des colonies (Afrique, Maghreb, Indochine) ; reconnaissance promise, peu obtenue. Armistice : 11 novembre 1918.
C · Front populaire et après-guerre
QUESTIONS
- Qu’est-ce que le Front populaire (1936) ?
- Pourquoi veut-on « oublier la guerre » après 1945 ?
- Qui sont Trenet et Vian ?
CORRIGÉ
- 1936 : gauche au pouvoir (Léon Blum), grèves avec occupation d’usines ; accords de Matignon : hausse des salaires, semaine de 40 h, deux semaines de congés payés.
- Après 1945 : reconstruction, besoin de légèreté, influence américaine (jazz, swing), vie de Saint-Germain-des-Prés.
- Trenet, « Boum ! » (1938) : joie de vivre un an avant la guerre. Vian, « Le Déserteur » (1954) : lettre d’un homme qui refuse la guerre, écrite pendant la guerre d’Indochine, censurée à la radio.
D · Mai 68
QUESTIONS
- Qui manifeste ? Que revendique-t-on ?
- Que change la société ensuite ?
- Trouvez deux slogans.
CORRIGÉ
- Étudiants (Nanterre puis Sorbonne), puis grève générale de millions d’ouvriers.
- Revendications : liberté, réforme de l’université, salaires, contestation de l’autorité (État, patrons, famille).
- Accords de Grenelle (hausse des salaires) ; élections de juin gagnées par la droite, mais les mœurs évoluent : place des femmes, libertés.
- « Il est interdit d’interdire » · « Sous les pavés, la plage » · « Soyez réalistes, demandez l’impossible ».
E · La guerre d’Algérie
QUESTIONS
- Dates, causes, fin du conflit ?
- Pourquoi la France est-elle divisée ?
- Quelles mémoires persistent ?
CORRIGÉ
- Colonie française depuis 1830 ; guerre de novembre 1954 à 1962 ; accords d’Évian (mars 1962) ; indépendance le 5 juillet 1962.
- Causes : inégalités coloniales, désir d’indépendance (FLN).
- En France : partisans de l’« Algérie française » contre partisans de la paix ; des jeunes appelés envoyés au combat ; manifestations.
- 17 octobre 1961 : manifestation d’Algériens à Paris, violemment réprimée.
- Mémoires : pieds-noirs, harkis, immigration algérienne ; débat encore vif.
F · Banlieue, hip-hop, diversité
QUESTIONS
- Qu’est-ce que la Marche de 1983 ?
- Pourquoi IAM et MC Solaar parlent-ils de société ?
- Que sont les « flux migratoires » ?
CORRIGÉ
- 1983 : après des violences racistes et policières, une marche part de Marseille (15 octobre) et arrive à Paris (3 décembre) devant des dizaines de milliers de personnes : égalité, fin du racisme. Elle obtient notamment la carte de séjour de dix ans ; SOS Racisme naît en 1984.
- Le rap naît dans les quartiers populaires : IAM (Marseille), MC Solaar (né à Dakar, grandi en banlieue parisienne) racontent la vie, les origines et les inégalités avec une grande qualité d’écriture.
- Arrivées et départs de populations ; de nombreuses familles françaises sont issues de l’immigration (Maghreb, Afrique, Europe du Sud).
Fiche d’expert
Sujet :
Date et lieu :
Qui manifeste ou chante ?
Revendication principale :
Réaction du pouvoir / résultat :
Une chanson ou un slogan :
Un lien avec mon pays :
7. Les chansons à écouter
Cliquez sur « Écouter » : la chanson se lance dans le lecteur en bas de l’écran, sans quitter la page. Faites écouter un extrait de 1 à 2 minutes. Pour chaque chanson : qui chante ? quel ton (joie, colère, ironie, tristesse) ? quels mots-clés entendez-vous ?
8. Kery James, « Banlieusards » (2008)
Regardez le clip : Première écoute : le début du clip ; deuxième écoute : la suite ; troisième écoute : le clip en entier.
Première partie
- Quel est le sens du mot « banlieusards » ?
Les habitants des banlieues, en particulier des quartiers populaires autour des grandes villes. Le mot est souvent péjoratif ; Kery James le reprend avec fierté. - De quelles catégories de population parle le chanteur ? Comment les caractérise-t-il ?
Réponse à relever pendant l’écoute. - Quel est le parcours de Kery James ? Pourquoi l’évoque-t-il ?
Né en 1977 en Guadeloupe, de parents haïtiens, il grandit à Orly, en banlieue parisienne. Il commence le rap très jeune (Ideal J, Mafia K’1 Fry) et devient une figure du rap engagé.
Il se donne en exemple : venu de la banlieue, il a réussi ; les jeunes peuvent réussir aussi. - Quel lien pouvez-vous établir avec le texte de Didier Varrod ?
Le rap continue la chanson engagée (§8) : il dit le monde des banlieues et transmet un message, comme Brassens ou Renaud en leur temps.
Deuxième partie
- Relevez les conseils que donne le chanteur pour enrayer la situation actuelle.
Le message central est écrit sur son tee-shirt : « On n’est pas condamnés à l’échec ». Il invite à s’instruire, à travailler, à refuser le rôle de victime ; les autres conseils sont à relever pendant l’écoute. - Quel message veut-il transmettre ? Où apparaît-il, et sous quelle forme ?
La réussite est possible pour les jeunes des banlieues. Ce message est chanté, mais aussi affiché sur le tee-shirt, comme un slogan de manifestation.
Le clip en entier
- Verlan : que signifient « babtou », « keufs », « tromé », « chanmé » ?
babtou = toubab (un Blanc) · keufs = flics (les policiers) · tromé = métro · chanmé = méchant (au sens de génial, super) - « Les yeux dans les bleus mais des bleus dans les yeux » : expliquez les deux sens de « bleus ».
Les Bleus : l’équipe de France de football, championne du monde en 1998 avec des joueurs de toutes origines (« Les yeux dans les Bleus » est le documentaire sur cette victoire). Des bleus : des traces de coups. La France célèbre sa diversité, mais les jeunes des banlieues restent blessés par les discriminations. - Appréciez-vous le genre musical et l’interprétation ? Renforcent-ils le message ? (réponse libre)
9. Débat et production
- Table ronde (10 min) : « Pour changer la société, vaut-il mieux manifester, chanter, voter ou écrire ? » Utilisez trois connecteurs de la partie 4 et un exemple historique entendu aujourd’hui.
- Diversité : dans les mouvements étudiés, qui parlait ? Qui ne parlait pas ? Qui parle aujourd’hui ?
- Production écrite (200 mots) : une chanson de votre pays dit-elle « le monde » comme Souchon ou Renaud ? Présentez-la : contexte historique, revendication, effet sur la société.
Texte : Didier Varrod, Le 1, n° 163, juillet 2017 (extrait). Fiche : Learn French Anywhere. Clip : Kery James, « Banlieusards », 2008.
La vidéo ne s’affiche pas ? Ouvrir sur YouTube
